vendredi 4 novembre 2016

Pontru Bertaucourt occupé. Notes de E. Chassaing. Env. 31 oct 1916. N°184.


Notes de E. Chassaing, trouvées en été 2006, avec le dossier « Régions envahies »

Où a-t-il récupéré ces notes qu'il a apparemment recopiées? À  la mairie de Pontru (près de St Quentin), comme il semblait l'avoir fait pour les ordres de la Commandanture? Auprès de quelqu'un ? Mystère.
Ces notes se terminent brutalement.


P1 Ils attiraient les enfants avec des sucreries


Transcrit en 2007 par JP Chassaing; revu fin octobre 2016 par IC

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La commune de Pontru Bertaucourt a été occupée par les Allemands le jeudi  27 août (1914 d’après la suite). La population a été pendant les premiers mois relativement peu inquiétée sauf au moment du passage des troupes. Les habitants sur  instruction  étaient tenus de préparer le logement aux troupes et à n’importe quelle heure de la nuit on devaient céder des places aux militaires de passage.
Le 15è d’artillerie en garnison à Sarrebourg a  installé  son cantonnement le 19 Xbre (1914), il y est resté jusqu’au 10 Janvier. Toutes les denrées alimentaires ont été réquisitionnées. Les caves avaient été vidées dès le mois d’Août. Très riches des produits de leurs vols, ils se montraient très généreux surtout à l’égard des enfants, à qui ils distribuaient sucre, bonbons, chocolat, cigares, cigarettes au bout doré. « Ché beaucoup ché moi » disait le cuisinier, faisant allusion à l’abondance des provisions qui alimentaient la popotte des officiers.

Après les artilleurs sont venus les chasseurs cyclistes (une compagnie prussienne). Ils se sont comportés en véritables sauvages. Pendant les 5 ou 6 semaines de leur séjour à Pontru ils ont déménagé les maisons : ils dévalisaient les maisons de Bertaucourt soit-disant au profit de Pontru, et  Pontru soit-disant au profit de Bertaucourt.
Le Capitaine  Cdt la Cie disait aux







P2 Vous n'êtes plus des Français,
vous êtes des Allemands
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hommes âgés de 15 à 60 ans qui se rendaient à l’appel hebdomadaire « Tenez-vous droit comme des soldats allemands, vous n’êtes plus des Français, vous êtes des Allemands ». Le Capitaine était la terreur du village. Il ne se complaisait que dans les vexations. Il était même la terreur des soldats qu’il rendait fous et qui ne craignaient de dire : «  si on ne le tue pas, nous le tueront ».

On a remarqué que les armées (ou armes? illisible) se gataient (illisible) entre elles. Un soldat se défie d’un soldat allemand. Un fantassin dénigre un artilleur et réciproquement. Tous s’entendent pour détester franchement l’aviateur. Un officier de la Commandanture de St Quentin qui avait imposé la fourniture dans un très bref délai de plusieurs milliers de quintaux de blé et d’avoine est venu menacer les habitants d’avoir à s’exécuter dans le délai indiqué. Sinon nos soldats « pileront pileront » (pilleront? illisible). Que les aviateurs s’amusent et fassent la noce .... nous nous voulons du grain ».
Après les chasseurs, le 25è d’artillerie, qui s’est bien comporté.

 Ici, où les instituteurs n’étaient pas mobilisés les classes ont été ouvertes aux dates normales. Les instituteurs et institutrices n’ont touché de traitement qu’à partir du 1er décembre . Le traitement était fixé uniformément à 40 marks « tout égal ». Egal ci, égal çà. Le mot  capout était devenu tout à fait courant, mon livre est  capouté ? » disaient les enfants.
Le traitement a été maintenu jusqu’au 31 Xbre 1916 – Le paiement a été effectué une fois ou deux




P3 Les enfants trainant dans les rues
 gênaient la circulation.



  

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en marks, les autres en bons communaux. L’inspecteur primaire de St Quentin a continué à faire son service et à assurer le fonctionnement dans les écoles, mais sous la direction d’un inspecteur (porteur) délégué de la commandanture. L’inspecteur allemand procédait seul aux notes  des écoles, il s’occupait surtout de la préoccupation fréquentation parce que les enfants traînaient dans les rues, gênant la circulation.

La commune n’a jamais émis de bons communaux. Elle a ouvert un crédit pour la somme de 50.000 frs et reçu du consortium des communes pour 50.000 frs de billets. « 60 (illisible) de billets au-dessous de 2 fr  » -
Les  Chevaux légers ( 4è d’Augsbourg) sont arrivés fin mars « nous ne sommes pas des Prussiens, dit l’un d’eux, nous sommes des Bavarois ». Les Bavarois reprochaient aux Prussiens leur militarisme outrancier . « Nous avons la même mentalité que les Français, nous sommes plus rapprochés de vous que des Prussiens ». Ils faisaient (illis) ressortir que le catholicisme était commun aux deux peuples.
« Voilà une Prussien », disait l’un d’eux, en montrant un Prussien.

D’une façon générale, les consignes étaient rigoureusement observées : des tournées de coups de bâton ou de cravache étaient fréquemment données aux soldats. Ils s’étonnaient que des punitions corporelles ne fussent pas infligées aux enfants « sans cela, ajoutaient-ils, nous n’aurions, nous, jamais rien appris».

Un étudiant en médecine mettait quelque


P4 "Je tiens à passer pour un Français"
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coquetterie à faire ressortir les traits qui pouvaient révéler  quelque ressemblance du type français. Prenant une famille à témoin il disait : « est-ce que je ressemble à un Français. .voyez j’ai les cheveux noirs comme un Français.. je parle bien français. Je tiens à passer pour un Français ». Il avait fréquenté des universitaires français, regrettant (ou regrettait) de n’être plus en relation avec eux. Tous les soldats étaient unanimes à dire « les Français sont courageux, nous avons appris à les connaître.. Nous reconnaissons que tout le mal que l’on a dit des Français, il n’était pas vrai.. Si la France et l’Allemagne avaient été unies, elle aurait (au singulier: faute d'étourderie?) fait de grandes choses, nous aurions eu l’univers à nos pieds » .. Les français ont des idées originales, que les autres peuples n’ont pas, et nous nous sommes la force ». Ressemblant (illis ) à beaucoup d’hommes : elle ne craint rien .... Cette idée de la force et de la puissance sans égales de l’Allemagne était plus affirmée, plus orgueilleuse encore aux premiers jours de l’invasion.. Ils disaient «  Nous sommes les rois du village, dans 3 jours nous seront les rois de Paris ».
Leur fanatisme s’explique par leur immense crédulité. Ainsi ils croyaient dur comme fer  que st Quentin était St Denis, et qu’avant 3 jours ils seraient  Paris. Paris était pourtant  à 139 km exactement. C’était d’ailleurs des disputes continuelles entre eux et les enfants qui se renvoyaient la balle nichts Paris - nichts Berlin - il est même arrivé à l’institutrice de Pontru l’incident suivant :


P5  "Vive la France,à bas l'Allemagne"
devant les troupes allemandes

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 à la sortie de classe en février 1915, les enfants étaient encore sur les rangs et accompagnés par leur maîtresse, l’un d’eux s’est écrié, face aux troupes allemandes qui circulaient dans le village « vive la France, à bas l’Allemagne !» Le petit garçon Alfred Baudry, âgé de 9 ans, a dû être rappelé à la modération.
Les petits garçons fréquentaient beaucoup les Allemands, qui faisaient tout pour les attirer. En 1914 la municipalité  a même incité (ou invité ?) les habitants à empêcher cette fréquentation.
2 dragons et 2 territoriaux étaient cachés dans le village. Les 2 dragons (ont été faits prisonniers) sont partis pour St Quentin le 15 décembre. Les territoriaux ont été glissés dans la liste de la population civile.
Le 29 avril 1915 , 31 personnes, femmes et enfants de soldats, ont été évacués en France parce qu’elles étaient considérées comme des bouches inutiles avant  le ravitaillement américain – 

Au printemps 1915 la population civile a été aidée par des équipes de soldats laboureurs munis d’un certain nombre de machines agricoles.

A Mademoiselle Madeleine Venet institutrice à Pontruet (900 m de Pontru) un alsacien qui faisait partie (mot oublié) d’une équipe de fouilleurs (illisible) «de voleurs » dit « Est-ce que vous apprenez l’Allemand à vos enfants  - Non car je n’ai appris que l’allemand ( que le Français)–Vous auriez dû apprendre l’allemand cela vous servirait car vous devenez allemande – Cela n’est pas certain : un pays envahi n’est



P6 "les Russes se laissent prendre
comme des petits lapins"

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pas un pays conquis
Les Allemands se défendaient d’être des barbares. Le médecin qui soignait Mademoiselle Madeleine faisait remarquer en souriant que tout en étant barbare il lui donnait  tout de même des trucs ?  (illis). Le souci d’échapper à cette critique contribuait pour une grande part à les rendre aimables et obséquieux .. "Ils étaient tout en contrastes, même entre amis. Les saluts étaient destinés à 10 personnes ; ça n’en finissait plus".

La nouvelle d’une victoire – et il s’agissait toujours d’une victoire russe – Les russes disait-il se laissent prendre comme des petits lapins – heureusement qu’ils sont beaucoup – La nouvelle d’une victoire était toujours annoncée au son des cloches du village. Le Commandant des Chevaux  légers allait lui-même les sonner.
D’une façon générale il y avait toujours lieu de se défier de ceux qui se présentaient comme  Alsaciens. Au fond il s’agissait soit d’espions soit de militaires, roublards qui mettaient ainsi à contribution la générosité et le patriotisme des habitants.
Un fondé de pouvoir de banque à Enghien les Bains – tué depuis à Verdun   3 mots illisibles soldat au 81è d’infanterie ne désirait qu’une chose : la fin de la querre . Tout avancement lui était refusé en raison de ses opinions qu’il affichait trop ostensiblement. Marié à une française qui a été envoyée en Suisse.


P7 "Chaque habitant était numéroté" 

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Tous les 15 jours le maire de Pontru était tenu d’écrire au Commandant « qu’il ne restait pas de pompe à incendie dans la commune » Un oubli était puni d’une amende de 25 ou 30 marks



Le 12 de chaque mois on devait fournir un état indiquant le nombre et la catégorie des bouteilles existant dans la commune –



Chaque habitant était numéroté . Le numéro devait être rappelé à chaque réquisition. Le numéro était d’abord communal puis ce numéro a été remplacé par le numéro régional  de la commandanture qui avait la direction du groupement de 25 communes

« Il faut être passible (ou possible ?) de fermer les pigeonniers » signifiait c’est absolument obligé –

La commune était chargée d’établir et de renouveler toutes les inscriptions servant de guides aux convois. Les maisons étaient soigneusement numérotées.

Lorsque des bêtes étaient destinées à l’abattage le boucher adressait une demande à la commandanture. Le gendarme examinait les animaux et désignait ceux qui devaient être sacrifiés. Les animaux malades, estropiés et vieux étaient désignés pour la population civile.



Pour les céréales et les pommes de terre il était prévu des départs dans les grandes fermes . Les petits cultivateurs conduiraient leurs récoltes dans les grandes fermes –

Le 26 août 1915 le Colonnel et Commandant Gloss interdisait à chaque personne sans exception de


P8 "Les Français parlent beaucoup
mais ils ne travaillent pas"

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lui adresser la parole dans la  rue.
Le 2 Octobre 1915 un ordre ( n° 2600) de la commendanture d’Holnon fixe les prix des denrées alimentaires, le prix des clous à ferrer et en un 3è paragraphe l’obligation suivante :
« Il vous faut rapporter jusqu’à demain le 3 Octobre le montant des bons municipaux émis , de votre commune selon le modèle suivant :
Commune – département – montant des bons – garantie – observations.
 « Il s’agit seulement des bons déjà émis, pas des bons étant en circulation. Par exemple si une commune a fait imprimer 30.000 frs en bons, si 10.000 de ces 30.000 sont encore au trésor de la commune, si 5.000 sont en circulation et si 5.000 frs sont déposés au trésor d’une banque comme garantie pour les bons régionaux, il faut rapporter 10.000 frs.                                                                                       
Signé : Gaede
                                                     Capitaine Commandant
Aux personnes qui demandaient quelques éclaircissements il était répondu «  les français disent beaucoup de choses, ils parlent beaucoup mais ils ne travaillent pas » Lisez lisez, vous comprendrez et si vous ne compris pas vous aurez une amende .
Le 13 novembre 1915 la population est rationnée en pommes de terre sur la base de 200 gr par habitant et par jour –





P9 De l'Alcool contre de l'or


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Les ouvriers travailllant dans les scieries (ou sucreries, ou services ?) pour le compte de la Commandanture étaient payés par la  commune rattachée à la Commandanture.
Le 18 décembre 1915 il est recommandé (signifié : mot en plus) aux propriétares de suivre les ordres donnés aux maires par la Commandanture pour nourrir et rationner les animaux. C’est le maire qui tous les 8 jours est chargé de distribuer la nourriture.
Le 28 Xbre 1918 la vente de l’alcool était interdite dans les estaminets (ce qui ne les empêchaient pas de livrer – contre de l’or – de l’alcool à la population) - Le maire de St Quentin a relevé les nom de tous ceux qui avaient échangé de l’or contre de l’alcool –

En janvier 1916 tous les chevaux ont été présentés à  la mairie. Queues et crinières ont été coupées au ras par les soldats. « Le déshabillage des chevaux ».




P10 Un laisser-passer
 pour se rendre aux champs

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- Les Laisser Passer -
Les laisser passer étaient exigés pour se rendre d’une commune à l’autre, d’une maison à l’autre, si elles étaient distantes de plus de 5 à 600 mètres.
Un laisser passer était exigé pour se rendre aux champs.
Sauf les laisser passer dits de services, tous les laisser passer étaient payants.
Le maire, le secrétaire de la mairie, le garde champêtre étaient munis de laisser passer gratuits pour se rendre à la commandanture et soumettre les affaires administratives. Les prix variaient entre 0,10 centimes  et 1 fr. St Quentin,à l’entour  de la zone de la commandanture, d’une commandanture à une commandanture limitrophe 1 fr 25, d’une commandanture à une autre commandanture non limitrophe 5 fr.
Les maires avaient au début, jusqu’au 30 mars 1916 le droit de délivrer des laisser passer dans les communes dépendant de la commandanture - les maires achetaient une provision de Laisser Passer – La crainte de l’espionnage, l’isolement dans lequel il tenait à maintenir la population ont été les raisons délément (illis) du retrait de cette autorisation, les laisser passer étant délivrés par la commandanture seule.
Et même dans les demeures ( illis) le maire devait délivrer un certificat (voir tableau) attestant qu’il était indispensable de délivrer un laisser passer à la personne qui se présentait.
Le nombre en était très limité, 6 sur 692 habitants 2 laisser passer par semaine –




P11 Attente pour les laisser-passer



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Il est arrivé que des personnes ont attendu pendant des heures entières (de 8h à 11h) la délivrance d’un laisser passer qui leur était finalement réservé

Pour se rendre à la commune d’Holnon (à côté de Pontrtu) il fallait être muni de Certificat du maire et d’un laisser passer provisoire de 0,10 délivré par le maire.
Le paiement devait être effectué en monnaie française ou en monnaie allemande.




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-      Bons de reconnaissance –

-Le régime de la perquisition –
Toutes les céréales étaient réquisitionnées ( les moissons et le battage étaient assurés par les habitants avec l’aide et sous la direction des Allemands).
Les ouvriers (allemands) étaient payés par le cultivateur. (Le cultivateur ne touchait que des bons Dechmann (Deichmann dit Internet) (nom d’une banque particulière) ou des bons communaux - )1/5 de la valeur de la récolte était payé à la commune qui se faisait un devoir - au moins la commune de Pontru -  de la restituer  au cultivateur. Ce 1/5 était payé en bons Dechmann d’abord, puis en bons communaux. Le blé était payé à raison de 22 fr le quintal, l’avoine et l’orge 20 fr, le seigle 19 fr.(petit mot illisible). Pour (illisible) les 4/5 restant dûs il était délivré des bons de reconnaissance après déduction des frais illisible en ficelles, charbon, combustibles et matières lubrifiantes, hommes et chevaux militaires – la semence livrée – l’emploi de prisonniers de guerre russes, le salaire des Fraçais soumis au service militaire (0.15 centimes l’heure sauf le dernier mois où ils sont payés 0.30 centimes l’heure – 





Bons communaux variés













P13 " Les Russes étaient de très bons ouvriers"

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les ouvriers civils (mêmes tarifs) .
Prisonniers de guerre russes ( 0,05 cts l’heure) – les Russes allaient nu-pieds les habitants leurs donnaient de quoi se vêtir – mise (ou mine ?illisible) pitoyable – Les Russes étaient de très bons ouvriers. Ils travaillaient comme des chevaux. Ils étaient gifflés ! battus généralement (illis). Ils allaient dans les ordures des exploitations (illis) qui composaient le fond de leur menu.

Quelle était aux yeux des Allemands la valeur des bons de reconnaissance ? Un secrétaire de Commandanture c’est celui qui perdra qui paiera. Alors nous paieront. – En octobre 1916* ce langage était tenu par Plagemann (père allemand mère autrichienne) Plagemann faisait remarquer vers cette date « que les Allemands manquaient de munitions et qu’ils étaient au dernier degré de lassitude. Nous n’avons plus la force matérielle d’attaquer. Si les Français attaquent nous sommes obligés de reculer. (pas de fin de guillemets)

-      Les pommes de terre -
Les pommes de terre étaient payées 10 frs les 100 kgs.

-      Le foin -
Le foin, luzerne -   40 frs les 1000 kgs

*Cette date a permis de dater le document.
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