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vendredi 9 mars 2018

Se plaint de ne pas gagner assez. 9 mars 1918. N°254

Doléances ; vue 21
196J47; p1


Toulouse, le 9 mars 1918

Monsieur le député,

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt et certains ont fait sans doute comme moi les exemples appuyés de chiffres. Je suis dans ce cas comme fonctionnaire, marié et père de deux enfants (un seul à ma charge). À côté, j'ai un célibataire endurci qui n'a aucune charge, ce qui ne l'empêche pas de gémir continuellement
.

Je veux vous citer un exemple aussi frappant qui s'applique à mon gendre, en convalescence dans ma famille. Il est capitaine


Proposition de soldes; vue 22
196J47 ; p2 et  p3
P 2
marié et père d'une fillette de 14 ans. Vous ne le croirez peut-être pas, ce capitaine touchera moins que son lieutenant qui est célibataire. Cela vous paraîtra anormal et cependant il en est ainsi. Je me hâte de dire que ce n'est pas d'après une loi, mais d'après un décret ou circulaire. Voici pourquoi : d'après cette circulaire les officiers et les sous-officiers à solde mensuelle qui habitaient Paris ou certaines villes à la date du 2 août 1914 ont droit pendant toute la durée des hostilités à l'indemnité de cherté de vie qui était allouée avant les hostilités. Or à Paris par exemple était de 75 fr. par mois. Si cette indemnité était accordée à ceux qui habitent encore Paris où les autres villes; à ceux qui est ion leur famille ce serait de toute

 P3
Équité ; mais il est dû à tous même célibataire et même c'est dernier (célibataire) qui ont quitté Paris depuis trois ans sans espoir d'y revenir puisqu'ils ont changé d'affectation.

Je le répète à lieutenant qui a eu la chance d'habiter Paris avant la guerre touche davantage qu'un capitaine blessé, mais qui n'avait pas l'honneur d'être dans la capitale.

La vie chère est pour tout le monde. Il n'y avait qu'à établir des échelons. Augmenter davantage les petits.

Exemple : celui qui touche 1200 aurait 2000 fr.
2000 Fr––––––––––– 2800 Fr
3000 Fr.–––––––––––3700 Fr.
4000 Fr.–––––––––––4600 Fr.
5000––––––––––––––5500 Fr.
6000––––––––––––––6400 Fr.
7000––––––––––––––7300 Fr. 
8000––––––––––––––8200 Fr.
9000––––––––––––––9100 Fr.

Les allocations seraient dues par exemple jusqu'au traitement de 6000 Fr. de traitement, même plus loin (?). On entre dans des complications inextricables et c'est un fouillis dans les Préfectures et Mairie.

Cherté de la vie; p 4
196J47; vue 23


Ce serait fini d'examiner les cas particuliers - L'échelle s'appliquerait tout aussi bien aux fonctionnaires et employés de l'État, qu'aux officiers et sous-officiers.

Croyez-vous, Monsieur le Député, que le Maréchal des logis qui est à solde journalière (commerçant dans la vie civile) père d'un enfant, n'est pas aussi intéressant que son camarade célibataire qui mange à la même table; qui fait le même service et qui court les mêmes risques ? Ce dernier est à solde mensuelle, bien que célibataire il doit donc toucher davantage ?

La vie est cher pour tout le monde ; tout le monde en subit les conséquences, par conséquent on doit accorder une augmentation et venir en aide davantage à celui qui gagne moins.


Espérant que ma lettre retiendra votre bienveillante attention, je vous prie d'agréer, Monsieur le député, l'assurance de ma respectueuse considération et de mes sincères remerciements.

 Miquel

vendredi 22 décembre 2017

Lettre de doléances à propos d'une usine hydraulique à Ambert (63). 21 et 22/12/1917. N° 243

Usine hydraulique à Ambert.
 22 décembre 1917

P 1.
Gilbert Mercier
Emboutissage et Décolletage  

P 2.
Gilbert Mercier
Emboutissage et Décolletage 






20391 têtes de gaines acceptées
P 3
P 4
10236 Kg d'acier

vendredi 28 juillet 2017

Dr Pierre Duval au sana de Zuydcoote. Env 25 juillet 1917. N° 222

Vue 1. Sanatorium de Zuydcoote sur la droite,
bâtiment de 500 mètres de long!

ZUYDCOOTE
Installation difficile du Dr Duval au sanatorium de Zuydcoote


Vue 2










Vue 3


Environ 25 juillet 1917

Vendredi


Mon cher ami


Il n'y a pas à dire c'est la pagaille affreuse et nous commençons à peine à pouvoir mettre de l'ordre dans notre petit coin. Je ne suis rien dans l'armée. Je n'ai à me occuper que de Zuydcoote.
Mourier est venu l'autre jour, et m'a demandé de réorganiser les services de notre bon vieux sanatorium. Je m'y emploie. Il s'est rendu compte, car nous avons eu une longue conversation particulière, que rien ne marchait, et je lui en ai dit les raisons.
Vous pourriez aller voir Meliès qui est venu avec le Ministre. Il vous dira des choses bien intéressantes. Voyez aussi Mourier ; il a été avec moi des plus aimable des plus confiants.
Il m'a demandé à un moment « qu'est-ce qu'ils ont fait dans votre personnel de l'auto Chir, que vous ont-ils donné? Réponse : "rien sinon des coups de pieds dans le c.." Servez-vous de (?pas sûr)   moi directement et demandez- moi ce que vous voulez.
Écrivez à M Louis (? Mots pas sûr)5 Monsieur et non au Ministre » j'ai hui (?) aussi de lui recommander simplement Laffitte dont le dossier doit être
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à ses bureaux, et de lui demander le troisième galon de patron (mot pas sûr).
Mourier doit revenir dans 8 jours cela me ferait un grand plaisir et ce serait un très bon exemple s'il apportait quelque chose aux miens, ne croyez-vous pas ? Dans la promotion de Mars ils n'ont rien eu ni gallons ni décorations alors que la manne a été abondante c'est exagéré
Et puis si Mourier vient bientôt, que ne lui demandez-vous une place dans sa voiture. Je vous remettrai mon petit dossier, et une fois là, vous resterez peut-être un peu avec nous. Le travail est formidable.
Bien affectueusement à vous
Pierre Duval

vendredi 3 février 2017

Les ss-officiers mangent tout! 2 février 1917. N°197

Un électeur, pauvre Poilu, se plaint du comportement des sous-officiers quant à la nourriture: ils prennent tous les bons morceaux!

Belle écriture, et humour parfois!
et le pinard! 196J 37 vue 9



Lettre du 2/2/1917 

(Front de la Meuse)

Le 2/2 XVII

Monsieur le député Chassaing, veuillez m'excuser de l'autorité que je prends en m'adressant directement à vous, mais il se passe certaines choses chez nous dont voici l'exposé.
Est-il permis à Mssieurs sur les sous-officiers de faire cuisine à part, ces Mieurs prennent d'abord les meilleurs morceaux dont ils se gorgent. Tandis que nous pauvres poilus nous avons: 1er comme viande de 40 à 50 gr par repas, gras et nerf. 2ème  comme pinard après que ces Mieurs se sont rassasiés, pour faire notre compte, nous touchons 2/4 d'eau rougie, ce qui nous réchauffe beaucoup vu la crise de froid que nous traversons, et eau de vie pareille.
Si nous touchons exactement ce qui doit nous revenir la nourriture serait presque suffisante.
J'ai fait plusieurs (illisible: popote?) et les sous-officiers vivaient avec nous donc je voudrais savoir exactement s'ils ont le droit de cuisiner à part. Je compte sur votre mansuétude pour me renseigner à ce sujet.
Je termine dans l'attente de pouvoir vous lire, en attendant veuillez agréer Monsieur le Député Chassaing l'expression de mes salutations les plus distinguées.


Un de vos électeurs.


J Gessersgrus (nom pas sûr)

en travers sur côté gauche: 13è Compagnie, etc illisible

vendredi 23 septembre 2016

Doléances d'un ami. 22 septembre 1916. N° 178

22 Septembre 1916.
Rivolhier Noël se plaint au Dr Chassaing de coucher à 600 dans un cantonnement, au dépôt de la rue Lacordaire à Paris, etc



Plainte sur les conditions de vie.

vendredi 8 janvier 2016

Lettre caustique, comme toujours, du Dr Pinet. 8 janvier 1916. N°141.

En-tête
Dr Denis Pinet
Licencié ès-Sciences
Spécialiste des voies digestives
41, rue Neuve, 41
Consultations de 1 h. à 3 h. 1/2
Téléphone N° 4-50


Réf 196J101 vues 22 à 25.

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Saisie à Brousse  par  I. Chassaing les 26 et 27 octobre 2009

Mots - clé : projet pour médecins au front ; J. Godart ; Sénat ; Chambre ; Indochine ; Devilar ; Varenne.
Le Dr Denis est un cousin éloigné par alliance.
____ 

Dr  Pinet  Aide-major au 108 è territorial de marche 5è bataillon ; Secteur 73.

Dr Denis Pinet
Licencié ès-Sciences
Spécialiste des voies digestives
41, rue Neuve, 41
Consultations de 1 h. à 3 h. 1/2
Téléphone N° 4-50

Aux armées le  8 Janvier 1916

Mon cher Eugène,

Je t’écris du front, après une année de silence. Cette année s’est passée au Puy jusqu’à fin Mars et au camp de Bourg-Lastic jusque fin Octobre. Je suis parti de Clermont le 28 octobre et depuis le 7 novembre c a d depuis exactement 2 mois j’ai tenu deux postes de secours  plutôt dangereux dans le Nord-Est aux limites extrêmes de la circonscription de ton collègue ...Klotz. Pour une semaine je suis au repos : les médecins de bataillon ont ainsi de temps en temps quelque répit à 5 ou 10 km en arrière de la ligne de feu. Et c’est d’un petit pays très boueux, comme le sont villages et chemins de ce pays argilo-calcaire que je t’envoie mes meilleurs souhaits de nouvel an. Santé, prospérité, réélection pour toi et pour tous la Victoire et la Paix.

Je ne t’aurais peut-être pas écrit spécialement pour t’exprimer mes voeux dont tu connais la sincérité, si je n’y étais poussé par de nombreux confrères mobilisés qui m’ont prié bien souvent de transmettre leurs doléances à un médecin-député. Je crois, d’autre part que tu es plutôt en bon terme avec ton collègue Justin Godart Directeur du Service de Santé. En voyant arriver un civil à cette importante Direction ( importante pour eux !), les médecins mobilisés du front poussèrent un soupir de satisfaction. Ils croyaient que tout allait changer. Depuis ils ont eu le temps de s’apercevoir que la séance continue et ils sont déçus, mécontents ; ils rongent leur frein, et ils enragent. La cause de leur mauvaise humeur réside simplement en ceci :

Il n’y a pas de médecins militaires professionnels au front, au vrai front. Le hasard de tes « chargements » a dû te conduire assez près de la ligne de feu. Tu connais donc parfaitement l’organisation du service de santé aux Armées, et par suite tu sais que seuls les médecins de bataillon sont au danger. Or parmi ces médecins, pas un seul militaire professionnel.
Pour une grande partie d’entre eux la chose s’explique facilement : ils ont trop de galons. Dans la première partie de la guerre surtout les aide-major ont été tués ou promus. Le moindre médecin militaire a maintenant au moins 3 galons ; il est par suite médecin de régiment (à 5 ou 10 km à l’arrière) ou médecin-chef d’ambulance à 15 km du front. Cette utilisation des médecins selon le nombre de galons aboutit à ce joli résultat : des médecins militaires professionnels  de 30 à 40 ans sont à l’arrière, tandis que leurs confrères civils mobilisés de 40 à 45 ans sont aux postes les plus dangereux de l’avant. C’est une insulte au bon sens et à la logique, mais c’est ainsi. Comme médecins de l’armée il reste encore les élèves de l’Ecole de Santé, jeunes gens ayant le grade d’adjudant-chef. Ils devraient, à cause de leur âge, se trouver tous dans des bataillons ; il n’y en a pas un. Ils sont embusqués par leurs chefs, (désireux sans doute de préserver la précieuse graine) dans les ambulances ou les trains sanitaires. Les vieux médecins de la territoriale ou de la R.A.T trouvent la chose un peu amère.

Pour remédier à cet état de chose vraiment scandaleux, nous avons recherché une solution équitable c-à-d susceptible de mettre chacun à sa place et nous croyons que dans une corporation dont tous les membres ont les mêmes titres ou à peu près, c’est l’âge qui doit déterminer le poste de combat. N’en est-il pas ainsi pour les soldats ?

Voici donc ce que nous proposons :

1°- Les médecins (civils ou militaires) appartenant aux classes de l’active constitueront le cadre des médecins de régiments , le plus élevé en grade, ou le plus ancien dans le grade le plus élevé, étant le médecin-chef. Si, pour compléter ce cadre des médecins de régiments, il faut un personnel plus considérable, il sera choisi parmi les classes les plus jeunes de la territoriale ( 1901-1900-1899 etc...) et ceux-ci seront médecins dans les régiments de la territoriale.

2°- Les médecins ( civils mobilisés ou militaires) appartenant à la territoriale constituront le cadre des médecins d’ambulance, des médecins de trains sanitaires, et des médecins d’hôpitaux de la zone des armées.

3°- Les médecins de la RAT. Seront médecins des hôpitaux de l’arrière - si les exigences du service les conduisent dans la zone des armées, ils devront être placés soit dans les hôpitaux, soit dans les ambulances de cette zone – soit dans les trains sanitaires.

4°- Tous les élèves de l’Ecole de Santé militaire (jeunes gens de l’active) seront versés dans un bataillon.

5°- Les médecins spécialisés (chirurgiens, oculistes, oto-laryngologistes, radiographes et mécano thérapeutes) ne seront pas compris dans la classification précédente et seront utilisés selon leurs compétences soit dans les ambulances, soit dans les hôpitaux de l’avant ou de l’arrière.

L’adoption et surtout la mise en pratique des mesures que je propose, en établissant un peu de justice distributive, ferait cesser le malaise réel qui se manifeste ouvertement ou sourdement dans toute la zone des armées. Tu pourrais lors d’un de tes voyages à Paris voir le sous-secrétaire d’Etat à ce sujet. Peut-être obtiendrais-tu quelque chose, un petit résultat. La vue des petits sautarts  qui font de la gomme à l’arrière et obtiennent la croix de guerre chaque fois qu’ils viennent dans  la zone où nous demeurons tout le temps est une insulte  permanente à nos cheveux qui blanchissent ou tombent, et une insulte plus grave encore à l’équité. Signale je te prie cette anomalie. Tu ne viendras sans doute qu’après le Dr Léon Labbé sénateur qui s’est déjà préoccupé du problème, mais une grosse goutte fait parfois déborder le vase. Il y a du reste à l’avant un nombre considérable de médecins – 1/3  en trop au moins. C’est assez dire que la réforme ne peut échouer par manque de personnel – Seulement on dit que M. Godart manque de fermeté, de courage et d’initiative ; il s’est entouré de médecins professionnels qui annihilent toutes les bonnes raisons que l’on peut donner en faveur des médecins mobilisés – Vérifie toi-même ce « on dit », et tu m’en diras des nouvelles.

Il y a bien d’autres problèmes et de très sérieux, posés par la guerre : Etudiants non mobilisés et qui écraseront par leur avance les mobilisés, successions des soldats morts au champ d’honneur (exempt de droits pour les descendants directs et les ascendants, doubles droits pour les collatéraux etc...) etc – Je ne veux pas te faire un trop long journal ; mais je trouve que l’activité parlementaire mobilisable non mobilisée pourrait être plus sérieusement employée. Le Sénat travaille, mais la Chambre, quelle pétaudière de bavards et de froussards.

Tu dois savoir que ton ancien concurrent Courtial est capitaine au 99è Territ. Il s’arrange pour se faire de la popularité ( j’ai su cela il y a 3 mois par un permissionnaire, tâche de soutenir la tienne.

Je termine ; ma santé demeure florissante. Je suis gras, bon à tuer et sans doute ça ne tardera guère ? Avec mon bon souvenir, je t’adresse l’expression de ma chaude et constante amitié.
Bonne poignée de main,
                                                             D. Pinet.

As-tu vu Devilar depuis son retour d’Indochine ?
Ma lettre est toute personnelle, n’en dit pas un mot à cette immonde crapule de Varenne


vendredi 27 novembre 2015

Doléances du Dr G. Weiss sur l'artillerie; 26 Novembre 1915. Blog N°135.

Splendide tableau représentant le Dr G Weiss en 1929,
peu avant sa mort survenue en 1931.
Huile sur toile, plutôt plus grand que nature,
 dans la salles des actes
de la Faculté de Médecine à Strasbourg
Ph I. Chassaing en 2010.
(déjà parue avec la lettre N°1 du blog).
26 Novembre 1915. Lettre du Dr Georges Weiss au Dr Chassaing.
Le Dr Weiss a été le maître de thèse de médecine d'Eugène Chassaing, en 1901.
La ressemblance entre le personnage de la photo et celui du tableau laisse à penser que c'est bien le Dr Weiss sur la photo, bien que bon nombre d'années séparent les deux représentations.
Laboratoire du Dr Georges Weiss, presque sûr! entre 1900  et 1918?
Ce labo était voisin de celui du Dr Charles Richet, Prix Nobel de Médecine en 1913.
En 1909, Chassaing avait demandé à Charles Richet, par l'intermédiaire de Weiss,
 s'il voulait bien se présenter pour être député du canton d'Ambert (Puy de Dôme). 
Il a dû dire non et c'est le Dr Chassaing qui s'est présenté.







Réf 196J119 vues 9 à 12.

Lettre de doléance sur l'artillerie, p1



p 2 et 3


p 4 et 5



p 6

Transcrit par I. Chassaing le 26 novembre 2015.

Mon cher Chassaing.
J'espérais vous voir ces jours derniers, peut-être n'avez-vous pas reçu ma lettre, aussi je vous écris à votre domicile particulier au lieu de la Chambre. Je voulais vous entretenir de diverses choses concernant la fabrication des munitions et des gaz asphyxiants.
Voici ce que j'apprends et ce qui explique, en partie, les prix fantastiques que nous font les constructeurs.
Quand un constructeur a besoin d'argent, il va chez le banquier - celui-ci lui prête à 6 % ; mais il y a un tour de bâton, car au lieu de se contenter de 6 % il demande une participation

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aux bénéfices, ce qui revient à dire qu'au lieu de prêter à 6 % il prête à taux usurier fantastique - si vous ajoutez à cela que de grosses maisons de construction prennent des commandes qu'ils ne peuvent exécuter, les repassent à un intermédiaire qui lui-même va dans une troisième maison, vous comprendrez que finalement l'ėtat engraisse, aux frais des contribuables, un tas d'individus qui après la guerre auront fait fortune aux dépens d'autres qui seront restés sur le front -
Il y a actuellement dans ce monde des faiseurs d'obus et des fournisseurs militaires autour desquels gravitent encore (mot pas sûr) de nombreux parasites, des gens fort peu intéressants, et il est temps que ce scandale finisse.
Par-dessus le marché certaines choses sont très difficiles à faire faire parce qu'il est

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plus malaisé d'y gagner la forte somme - je vous ai du reste déjà parlé de cela -  toute cette affaire de constructions demanderait à être remaniée et surveillée de très près -
Il paraît que l'on s'est enfin décidé, il y a un mois, à faire le recensement des tours, mais on a oublié qu'il n'y a pas que les tours qui soit utiles, il y a d'autres machines-outils indispensables. Exemple, les fraiseuses - je parle des fraiseuses parce que tout le matériel d'artillerie,  en ce qui concerne particulièrement les affûts, se fait en grande partie à la fraise.
Tous les constructeurs auxquelles nous demandons, en grâce de vouloir bien travailler aux affûts, nous répondent qu'ils manquent de fraiseuses - et pourtant je sais qu'il y en a qui ne sont pas employėes! On vient encore de transporter de gros

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canons de la marine, en laissant les affûts sur la côte parce qu'ils ne pouvaient être utilisés sur le front, et on attend de pouvoir faire de nouveaux affûts.

Voici encore un petit fait qui montre le désordre qu'il y a -
Nombre de constructeurs se plaignent de manque d'acier. Or on m'a affirmé que dans de grosses maisons (on m'en a cité deux nominalement) pour cacher les loups, au lieu de les envoyer à la refonte, on les jette simplement à la Seine; on gagne tant d'argent!
Je voulais aussi vous dire à propos de gaz asphyxiants que vous devriez vous mettre en rapport avec mon collègue Tiffeneau et son beau-frère Fourneau - ce sont deux chimistes de premier ordre -

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Tiffeneau, que je connais personnellement et que je considère comme un garçon extrêmement intelligent m'a dit une série de choses qui m'étonnent et que vous feriez bien de connaître -
Fourneau, que je ne connais pas, qui est à l'Institut Pasteur passe pour un chimiste éminent, c'est lui qui a découvert la Stovaïne -
Comment, alors qu'il faudrait, il me semble, utiliser toutes les énergies, comment se fait-il que ces deux chimistes ne soit pas utilisés alors que Tiffeneau m'a affirmé avoir offert de travailler pour la défense nationale.
Il faut je crois entendre toutes les cloches. J'ai pleine confiance en Desprez, mais il s'occupe surtout de la défense contre les gaz,  m'a-t-on dit ;

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C'est  Mauen(?) qui a la direction de l'offensive. En tout cas voyez donc Tiffeneau, agrégé de la faculté, 12, rue Rosa Bonheur, téléphone Saxe 21. 80. Il vous mettra aussi en rapport avec Fourneau.
J'ai dit à Tiffeneau que vous lui demanderez peut-être de causer avec vous, vous n'aurez qu'à lui donner un coup de téléphone à l'heure du déjeuner. 


Bien amicalement à vous. 


Dr Weiss


P.S. Ceci ne doit pas vous empêcher de venir dîner un soir quelconque, sauf le dimanche et le vendredi. Venez donc un de ces soirs sans aucune cérémonie, nous pourrons encore causer.

vendredi 13 mars 2015

Je vous en supplie, ne prenez pas nos fils de 17 ans! 13 mars 1915. N°98.

 Lettre déchirante d'une mère qui voit son fils de 17 ans mobilisé.

13 mars 1915

Monsieur le Député,
          Je viens solliciter votre haute justice et votre bienveillance au sujet de l'appel de la classe 1917. Il n'est pas possible d'appréhender ce départ qui ne devait avoir lieu que dans 2 ans 1/2.

C'est en tout droit que nous protestons et ferons des plaintes si on nous prend nos fils à 17 ans .



Vous savez mieux que personne qu'à cet âge les jeunes gens sont à peine formés et ont besoin d'être surveillés. À 17 ans  ils ne pourront jamais faire ce que des hommes de 20 ans font. Je vous en supplie ayez pitié de nous et ne prenez pas nos enfants de 17 ans. Nous avons donné fièrement nos aînés à la France, mais nos chers enfants si jeunes ! Je vous en prie de nous infligez pas le sacrifice de les voir partir dans un dépôt où nous savons bien qu'ils tomberont vite malades.



Laissez-les encore près de nous, ne les prenez pas cette année ce serait inhumain !
Dans l'espoir que vous userez de toute votre influence pour empêcher qu'ils partent, agréez, je vous prie, Monsieur le Député, mes salutations distinguées.
Une mère de famille angoissée.


Louise Grondel* 

*ou Grondels?






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